La tortue de Horsfield (Testudo horsfieldii, synonyme Agrionemys horsfieldii) est une petite tortue terrestre d’Asie centrale, aussi appelée tortue des steppes ou tortue russe. Robuste et longévive (plus de 40 ans en captivité), elle reste exigeante sur ses conditions de vie. Mal maintenue, elle développe rapidement des infections respiratoires, des carences ou dépérit faute d’hibernation.
Ses besoins vitaux à connaître avant tout :
- Substrat sec et bien drainé, fouissable sur 20–30 cm
- Gradient thermique marqué : point chaud à 38–40 °C, zone froide à 20–22 °C
- UVB indispensables : lampe puissante en intérieur, soleil direct en extérieur
- Alimentation strictement herbivore : plantes sauvages en priorité
- Hibernation annuelle obligatoire pour sa santé à long terme
Ce guide couvre l’ensemble de la maintenance, de l’habitat à la réglementation française, avec les erreurs fréquentes à éviter à chaque étape.
Tortue de Horsfield, tortue russe, tortue des steppes : la même espèce
Ces trois noms désignent le même animal. Testudo horsfieldii est la nomenclature la plus utilisée en élevage ; Agrionemys horsfieldii est un synonyme encore employé dans certains ouvrages. Le nom « tortue russe » vient de sa distribution géographique (Kazakhstan, Ouzbékistan, Russie méridionale, Afghanistan, Iran du nord). Le nom « tortue de Horsfield » rend hommage au naturaliste Thomas Horsfield.
Elle se distingue facilement des autres Testudo par ses quatre griffes par patte (au lieu de cinq), sa carapace haute et bombée, et sa petite taille : 13 à 20 cm chez le mâle, jusqu’à 25 cm chez la femelle. C’est l’une des tortues terrestres les plus vendues en Europe, ce qui en fait aussi l’une des plus mal maintenues.
Terrarium ou enclos extérieur : quel habitat choisir ?
L’enclos extérieur est la solution idéale dès que les températures le permettent (avril à octobre selon la région). La lumière naturelle fournit des UV qu’aucune lampe ne reproduit parfaitement, et l’espace disponible permet une thermorégulation optimale.
Le terrarium reste utile en hiver, en cas de mauvais temps prolongé, ou pour les régions au climat peu ensoleillé. Il doit être considéré comme un habitat de complément, non comme solution permanente.
Dimensions minimales :
- Terrarium : 120 × 60 cm de surface au sol pour un adulte (150 × 60 cm conseillé pour un couple)
- Enclos extérieur : 4 m² minimum par individu, parois enterrées à 40 cm (cette espèce creuse)
Sécurisation de l’enclos : la tortue de Horsfield est une fouisseuse redoutable. Les parois doivent descendre en L sous terre sur au moins 30 à 40 cm. Un filet de protection est conseillé si des prédateurs sont présents (corneilles, renards, chats).
Substrat : priorité absolue à un mélange sec et bien drainé — sable grossier, terre argileuse et gravillon fin (60/30/10). Profondeur minimale : 20 cm. Éviter les copeaux de bois, la tourbe et tout substrat retenant l’humidité. Le substrat doit être fouissable : la tortue s’y enfouit pour thermoréguler et se protéger de la chaleur excessive.
Aménagement : une ou deux cachettes ombragées, un bac d’eau peu profond (accessible facilement), aucune plante toxique. Pas besoin de décoration superflue.
Températures, gradient thermique et UVB : le trépied indispensable
C’est souvent ici que les erreurs les plus graves sont commises. La tortue de Horsfield ne peut pas vivre à température uniforme.
| Paramètre | Valeur cible | Rôle | Erreur fréquente |
|---|---|---|---|
| Point chaud (sous lampe) | 38–40 °C | Thermorégulation, digestion | Trop bas (< 35 °C) ou inexistant |
| Zone froide | 20–22 °C | Repos, régulation | Tout l’enclos chauffé uniformément |
| Température nocturne | 15–20 °C | Repos métabolique naturel | Chauffage nocturne permanent |
| UVB (en intérieur) | Indice 10.0 ou 12 % | Synthèse de vitamine D3 | Lampe trop faible, trop loin, trop vieille |
Le gradient thermique doit être réel et permanent. La tortue choisit elle-même sa zone selon ses besoins du moment : se placer sous le point chaud après le repas, rejoindre la zone froide pour se reposer, s’enfouir la nuit. Supprimer ce choix revient à perturber tous ses processus physiologiques.
Les UVB indispensables permettent la synthèse cutanée de vitamine D3, nécessaire à la fixation du calcium. En l’absence de rayonnement ultraviolet suffisant, les os et la carapace se déforment progressivement (rachitisme, ramollissement du plastron). Changez la lampe UVB tous les 6 à 12 mois, même si elle éclaire encore — l’émission UV décroît bien avant l’extinction visible.
Photopériode : 13–14 heures en été, réduite progressivement en automne pour déclencher la brumation naturellement.
Hygrométrie : maintenir la sécheresse pour éviter la rhinite
La tortue de Horsfield est adaptée à un environnement semi-aride. L’humidité est son ennemie principale en captivité.
L’hygrométrie ambiante ne doit pas dépasser 40–50 % dans le terrarium. Au-delà, les risques s’accumulent : rhinite (infection respiratoire supérieure avec écoulement nasal, respiration sifflante), infections fongiques de la carapace, pneumonies en cas de situation prolongée.
Les causes les plus fréquentes de taux d’humidité trop élevé :
- Terrarium en verre fermé sans ventilation latérale
- Brumisations quotidiennes inutiles
- Substrat maintenu humide par excès de zèle
- Bols d’eau trop grands laissés en permanence
Une ventilation efficace (grille latérale ou maille grillagée) suffit à maintenir une atmosphère sèche. Les bains tièdes (10–15 minutes, 1 à 2 fois par semaine) hydratent la tortue sans humidifier durablement l’enclos. Dès l’apparition d’un écoulement nasal, consulter un vétérinaire spécialisé en reptiles — la rhinite non traitée peut évoluer en pneumonie.
Alimentation herbivore : les bonnes plantes, les erreurs à éviter 🌿
La tortue de Horsfield est strictement herbivore. Son tube digestif est adapté à des fibres végétales riches en calcium et pauvres en protéines. Nourrir avec des aliments inadaptés (fruits sucrés, légumes d’eau, croquettes) perturbe durablement sa flore intestinale.
Aliments recommandés en priorité :
- Pissenlit (feuilles, tiges, fleurs) : excellent rapport calcium/phosphore, riche en fibres
- Plantain lancéolé ou large : très bien toléré, facilement trouvable
- Trèfle, mauve, véronique, géranium sauvage, origan, thym (ponctuellement)
- Feuilles de vigne, de figuier, de mûrier
Légumes tolérés (en complément) : Scarole, endive, roquette, chou frisé, cresson. À donner en appoint, pas en base.
Ce qu’il faut proscrire :
- Épinards, betterave, rhubarbe (excès d’oxalates qui bloquent l’assimilation du calcium)
- Laitue iceberg, concombre (trop aqueux, apport nutritionnel quasi nul)
- Fruits : à limiter à moins de 5 % de la ration, très ponctuellement — le sucre déstabilise la flore
- Tout aliment d’origine animale
- Granulés ou croquettes industrielles pour tortues (souvent trop riches en protéines)
Compléments : saupoudrez os de seiche réduit en poudre (calcium) 2 à 3 fois par semaine. La vitamine D3 en supplément n’est utile qu’en l’absence totale de rayonnement UVB naturel ou artificiel.
Fréquence : nourrissage quotidien ou tous les deux jours en saison active, portions modérées. Une tortue qui mange trop vite une ration trop importante grossit anormalement et développe des déformations de croissance.
Hibernation : indispensable, pas optionnelle
La brumation annuelle est un impératif physiologique pour la tortue de Horsfield — pas un choix d’éleveur. Une tortue maintenue active toute l’année sans période de repos hivernal présente des dérèglements hormonaux, une immunodépression progressive et une espérance de vie significativement réduite.
Durée et période : de novembre à mars environ (3 à 5 mois selon la région et la morphologie de l’animal). Le signal naturel est la baisse progressive des températures et de la photopériode.
Conditions pour une hibernation sans risque :
- Tortue en bonne santé avant l’entrée en brumation : aucun écoulement nasal, yeux propres, poids dans la norme
- Dernier repas 3 à 4 semaines avant, pour vider entièrement le tube digestif (des matières en fermentation pendant l’hibernation peuvent être fatales)
- Bain tiède de 15 minutes chaque jour pendant 5 à 7 jours avant l’entrée, pour favoriser l’évacuation des selles
- Température de stockage : 4 à 8 °C constant, sans variation brusque
- Substrat légèrement humide (feuilles mortes, terre, fibre de coco légèrement humidifiée) pour éviter la déshydratation
- Boîte semi-aérée placée dans une cave, un garage isolé ou un réfrigérateur dédié
Pesez la tortue toutes les 3 à 4 semaines. Une perte supérieure à 1 % du poids initial par mois est un signal d’alerte : réveillez l’animal progressivement et consultez un vétérinaire.
Réveil : remontée progressive des températures sur 2 à 3 semaines, bain tiède quotidien, reprise alimentaire naturelle dès que l’animal est actif. Ne forcez pas l’alimentation.
Réglementation française : déclaration et documents obligatoires
La tortue de Horsfield est inscrite à l’annexe II de la Convention CITES et à l’annexe B du règlement européen sur le commerce des espèces sauvages. En France, sa détention est légale mais soumise à obligations.
Ce que vous devez avoir et faire :
- Un document d’acquisition légale : certificat de cession entre particuliers (avec coordonnées complètes du cédant) ou facture d’un éleveur professionnel agréé. Sans ce document, la détention est illégale quel que soit l’âge de l’animal.
- Une déclaration de détention auprès de la DDPP (Direction Départementale de la Protection des Populations) de votre département. Le formulaire Cerfa est disponible sur service-public.fr.
- Un marquage de l’animal : transpondeur électronique (puce) ou encoche sur les écailles marginales selon la méthode retenue par l’éleveur.
Les règles évoluent : consultez directement votre DDPP ou le site officiel pour connaître les démarches en vigueur au moment de votre acquisition.
Les trois erreurs qui abrègent la vie d’une tortue de Horsfield
Pour résumer les points critiques, la plupart des échecs en élevage se ramènent à trois causes :
1. L’humidité chronique — substrat trop mouillé, terrarium mal ventilé, bains trop fréquents. Conséquence quasi certaine : rhinite, puis pneumonie.
2. L’absence de gradient thermique réel — point chaud insuffisant ou enclos uniformément tempéré. La tortue ne digère pas, s’immunodéprime, dépérit lentement.
3. La suppression de l’hibernation — par peur de perdre l’animal ou par méconnaissance. C’est exactement l’inverse qui se produit : une tortue de Horsfield sans brumation annuelle a une espérance de vie bien inférieure à celle d’un animal correctement hiberné.
Maîtrisez ces trois points, et vous offrez à votre tortue les conditions pour atteindre plusieurs décennies en bonne santé.



